Interview : Comment Faby Perier, auteure-interprète, a vaincu son cancer du sein par deux fois parce qu’elle avait encore des choses à chanter !

INTERVIEW FABY PERIER

 

Bonjour Faby. Je suis ravie de t’interviewer aujourd’hui pour mon blog Les Cahiers de Carcinome. Merci à toi de te prêter au jeu des questions-réponses pour nos lectrices et lecteurs !

 

  1. Bonjour Faby. Tu as eu un cancer du sein en 2008. Peux-tu nous expliquer un peu comment ça s’est passé côté traitements ?

Bonjour Mélanie,
J’ai appris que je souffrais d’un cancer du sein en 2008. Le cancer dont je souffrais était un carcinome infiltrant. On m’a donc proposé une tumorectomie. Une chimiothérapie a été envisagée dans un premier temps qui finalement a été récusée aux vues de mes nombreuses allergies médicamenteuses. Le cancer siégeait dans le sein. J’ai donc eu une radiothérapie soit 35 séances de rayons et la prise d’hormonothérapie avec Tamoxifène et Enanthone. J’ai plutôt bien supporté les rayons. L’hormonothérapie a été un peu compliquée à supporter avec les effets secondaires mais je me suis faite aider d’une naturopathe-homéopathe.

 

  1. Tu as eu une récidive en 2014. Comment ça s’est passé cette fois-là ?

Oui, j’ai eu une récidive en 2014, soit 1 an après l’arrêt du Tamoxifène. Cette fois-ci, ce fut plus compliqué puisque le cancer avait élu domicile dans le foie sous forme de 4 grosses métastases qui n’étaient pas opérables puisque disséminées sur plusieurs endroits du foie.

Je n’ai donc pas eu le choix que de faire de la chimiothérapie à raison de 6 Taxotère, une séance toutes les 3 semaines. Les premières semaines furent éprouvantes, mais j’ai été bien accompagnée au niveau des effets secondaires grâce à l’équipe médicale qui me suivait. Je me suis faite aidée une nouvelle fois par la naturopathe qui m’a traitée lors du premier cancer. J’étais hospitalisée 48 h avec une forte dose de cortisone à chacune de mes séances pour éviter un risque de choc anaphylactique en raison de mes nombreuses allergies.  Les effets secondaires les plus invalidants ont été la fatigue intense, les douleurs musculaires et osseuses, mais surtout  une toxicité au niveau des ongles où j’ai fait des panaris terribles avec incapacité de la part des médecins de trouver une solution pour les enrayer. Je n’ai pas pu me laver seule pendant plus de 15 jours en raison de ces panaris. Il a donc été décidé de stopper cette molécule à la fin de la 5ème. Les métastases avaient beaucoup diminué mais restaient encore présentes. Il m’a donc été proposé de prendre de l’aromazine, une hormonothérapie anti-aromatase, qui a fini de faire fondre les métastases.  Je dis toujours qu’aromazine est ma copine et que j’espère qu’elle va le rester le plus longtemps possible.

Depuis, je suis contrôlée tous les 3 mois avec une étroite surveillance, scanner, marqueurs etc.  pour réagir rapidement à la moindre alerte.

 

  1. Qu’est-ce qui, selon toi, a pu déclencher le cancer, ainsi que sa récidive ? Et quels ont été tes outils les plus puissants pour combattre et vaincre à nouveau la maladie ?

Ma vie est une succession d’épreuves, puisque je viens de la Ddass, j’ai donc une histoire personnelle compliquée. Je sais depuis toujours que ma grand-mère biologique est décédée d’un cancer du sein. J’ai toujours vécu avec cette étrange hérédité, mais aussi avec le sentiment qu’un jour, cette maladie pourrait me toucher.  Quand j’ai appris que je souffrais d’un cancer, deux sentiments se sont mélangés, la peur mais aussi la certitude d’appartenir à cette famille dont je ne savais rien. Comme si la filiation reprenait sa place.

Je crois qu’une vie difficile, faite d’épreuves où le stress et les émotions fortes sont omniprésents peuvent faciliter la survenue de ce type de maladie.

La récidive est arrivée un an après l’arrêt de l’hormonothérapie, mon cancer est hormono-dépendant. Si je veux rester en vie, je n’ai pas d’autre choix que d’accepter ce traitement qui me garde en vie et je l’espère me protège contre la récidive.

Les outils pour lutter contre le cancer les plus puissants, je ne les connais pas, je sais juste que je n’ai jamais cessé d’y croire ! A un moment donné, il faut faire confiance, on n’a pas le choix que d’y aller et de se laisser porter par l’équipe médicale. La médecine fait des progrès, c’est un fait ! Les progrès ne sont pas assez rapides surtout quand on a le sentiment de vivre en courant, juste un tout  petit peu plus vite que ce cancer qui rôde. C’est difficile de ne pas s’épuiser physiquement ou moralement.

Je crois que c’est une histoire de confiance avec son oncologue, une histoire de relation humaine entre soi et la confiance qu’on lui accorde et la confiance en la vie.

Je sais aussi que ma passion pour la musique depuis toujours m’a toujours énormément aidée à combattre des épreuves de la vie.  Je crois que la médecine allopathique est très importante et qu’elle progresse tous les jours. J’ai la certitude que d’autres médecines peuvent aussi nous aider, j’ai donc pris en parallèle des traitements ayurvédiques associés à de la naturopathie.

 

  1. Comment as-tu vécu la maladie ? Qu’est-ce qui t’a aidé à la traverser à deux reprises ?

J’ai longtemps vécue la maladie comme une injustice, voir comme une punition. Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela. J’ai très peu fumé, jamais pris la pilule, j’ai allaité ma première fille, bref, je n’avais pas forcément cumulé les facteurs de risque. Il reste l’hérédité, mais à l’heure d’aujourd’hui, j’ai fait les tests et rien ne prouve que ce cancer soit héréditaire. Je l’espère en tout cas, parce qu’il n’y a rien de plus terrible que d’imaginer que dans mon sang, je suis porteuse d’une bombe qui pourrait imploser un jour en touchant ceux que j’aime le plus au monde.

Ce qui m’a aidé à traverser la maladie et ce qui m’aide encore, c’est l’amour de ma famille, mais le noyau dur, c’est  dire ma compagne, mes enfants, parce que face aux épreuves, les amis et la famille ont peur et se protègent en s’éloignant.  Ma passion pour la musique m’a énormément aidée et portée.  Ce public qui me suit aussi a été d’un très grand réconfort. On n’imagine pas à quel point les réseaux sociaux apportent de l’amour et de l’humanité à ceux qui traversent les épreuves de la vie.  Je me suis toujours projetée dans des projets artistiques faits de rencontres, d’envie et d’espoir pour donner vie à demain. Se projeter, imaginer demain fait que demain arrive, j’en suis convaincue.

 

  1. Tu es donc auteur-interprète, tu écris tes propres chansons et tu montes sur scène depuis plusieurs années. Parle-nous un peu de ta carrière artistique !

Ma carrière artistique est celle d’un artiste indépendant depuis une vingtaine d’année comme un artisan. Travailler en étant proche des autres comme le sont les petits artisans qui font du bon pain parce qu’un bon pain lorsqu’il est bon et chaud, il touche le cœur des gens.

J’ai fait comme beaucoup d’artistes, mes armes dans les pianos bars, les soirées privées, les mariages et puis un jour, j’ai décidé d’écrire mes chansons parce que j’avais peur de perdre mon identité. Chanter les autres peut rendre un peu schizo J. J’avais trop peur de perdre ma sincérité en chantant les chansons des autres, surtout dans des endroits où le public attend parfois trop souvent la copie vocale de l’artiste que l’on chante. J’ai donc fait un choix difficile, recommencer tout, chanter ce que j’écris avec les difficultés que cela engendre de se produire avec un répertoire qu’on n’attend pas forcément.  C’est difficile de faire découvrir son univers parce qu’aujourd’hui, des producteurs, il n’y en a plus. Un artiste indépendant doit tout savoir faire, sa communication, son site et surtout autoproduire ses concerts, ses albums, je ne peux compter que sur moi et sur le public qui me fait confiance. Ce public, il faut le construire chaque jour, via les réseaux, via ses engagements, ses choix artistiques.

C’est ainsi que j’ai pu réaliser 4 albums avec le soutien de ce public qui me suit et qui croit en moi. C’est une réelle chance aujourd’hui où tout se monnaye et surtout l’artistique, c’est une chance d’avoir encore des élans du cœur d’inconnus qui parce qu’ils sont touchés par une de mes chansons ou mon histoire se disent « Allez, je l’aide, je la soutiens. ».

Il y a un terme que certains du métier utilisent qui me fait souvent sourire :  c’est « artiste en développement » parce que c’est quand même un peu réducteur pour de l’artistique.  Je suis donc aussi une artiste en développement parce que tous les jours, je fais en sorte que le public qui me suit, me fait confiance, soit de plus en plus nombreux et se développe.

 

  1. Au moment de ta récidive en 2014, tu as écrit le texte Octobre Rose. De quoi s’agit-il exactement ?

Au moment de ma récidive, je me suis dit, il faut que j’aie un projet artistique pour me donner un but à atteindre. Très naturellement, avec l’épreuve que je traversais à nouveau, écrire une chanson pour sensibiliser à la lutte contre le cancer du sein me paraissait une évidence.  J’ai donc enregistré cette chanson avec des amis compositeurs et puis je me suis dit, aujourd’hui,  il n’existe aucune campagne chantée par un collectif d’artistes en faveur de la lutte contre le cancer alors faisons-la J . C’est ainsi qu’est née cette chanson, nous avons sollicité des artistes et des personnalités qui très généreusement ont dit ‘oui’. Nous avons la chance que le Gagnant de The Voice, Slimane, y participe, mais aussi de très belles personnalités avec un cœur énorme. Merci à tous ces artistes, ce fut une aventure musicale et humaine magnifique.
J’espère qu’un jour ce titre pourra être repris par des personnalités reconnus lors d’un futur « Cancerton » parce que réellement, ce concept d’émission manque à notre paysage audiovisuel français. Il reste encore beaucoup de choses à faire dans cet engagement de la lutte contre le cancer.

 

  7. Tu sembles être remplie d’une formidable énergie que tu arrives à transmettre aisément lors de tes concerts       par  exemple. D’où te vient cette énergie ? Quelle place tient le mental dans la lutte contre le cancer selon toi ?

Je suis quelqu’un de très timide, mais je deviens quelqu’un d’autre sur scène ou plutôt, face au public, les gens m’insufflent une énergie qui me porte.  Si je pouvais faire des concerts toutes les semaines, je crois que je déborderais encore plus d’énergie J !

Je dis toujours que je ne suis pas quelqu’un de courageux, parce qu’en réalité, je trouve qu’il faut arrêter de culpabiliser les gens avec cela. Si le courage suffisait à vaincre le cancer, nous serions beaucoup plus nombreux à nous en sortir.

Je n’ai pas de mental, je m’écroule souvent parce qu’accepter le droit d’avoir peur c’est s’accepter avec ses faiblesses et son humanité. J’ai juste comme beaucoup une incroyable envie de vivre et la certitude que mon rêve d’enfant n’est pas si loin. Il suffit de pas grand-chose pour l’atteindre ce rêve, alors je continue d’y croire et de pousser la chance. La chance, elle vient en y croyant J et en imaginant demain.

 

  8. Tu es la marraine de l’association Au Nom de Celles. Peux-tu nous en parler ?

Cette association a pour but de permettre à des personnes qui traversent l’épreuve du cancer d’accéder aux spectacles et au divertissement gratuitement.

Cette association est née de mon expérience. Lorsque j’ai été touchée la première fois par le cancer, le hasard a fait que j’avais ce jour-là, une place de concert pour aller voir une artiste que j’admire Véronique Sanson J’ai beaucoup hésité à y aller et puis… la passion a été plus forte que l’annonce de l’épreuve. Tout le long de ce concert, je me suis sentie vivante et ça m’a donné envie de me battre, alors je me suis dit si « Aller au spectacle peut donner envie de croire à demain, pourquoi ne pas le permettre à celles et ceux qui se battent contre le cancer ? ». C’est ainsi qu’est née cette association dont je suis la marraine.

 

   9. Tu travailles actuellement à ton premier EP intitulé « Un hymne à la vie ». On peut d’ailleurs participer à ce superbe projet en faisant un don sur la plateforme participative Ulule via ce lien https://fr.ulule.com/fabyperier/. Comment est né ce projet ?

Ce projet est né de l’envie de pouvoir faire découvrir à un public qui ne me connaît pas mon univers en allant à leur rencontre sur scène et en chansons. Je veux continuer de sensibiliser à la lutte contre le cancer en partageant mon histoire de survivante. Je crois à la force de l’espoir qui se partage.

Pour réaliser ce projet, j’ai dû prendre conscience de la réalité du métier d’artiste d’aujourd’hui qui est que pour professionnaliser mon travail, je dois m’accompagner d’une équipe reconnue par le métier.

Ce futur EP représente un coût important qu’une artiste indépendante comme moi n’a pas. Je dois donc faire appel à ceux qui me soutiennent depuis toujours, mais aussi à ceux qui ne me connaissent pas encore et qui, je l’espère, auront envie de me découvrir via ce nouvel album (5 titres).

 

     10. Qu’aimerais-tu dire aux femmes et aux hommes qui apprennent qu’ils sont atteints du cancer ?

J’aimerai leur dire que je connais cette injustice et cette terrible annonce. Leur dire aussi, qu’au-delà de cette épreuve, il y a la vie. Leur dire aussi qu’ils doivent se faire confiance parce que nous avons en chacun de nous des forces que nous ne soupçonnons pas.  Peut-être aller chercher en soi, le petit garçon ou la petite fille qui avait des rêves parce que les rêves nous aident à rester vivant.  Une fois l’épreuve passée, j’ai compris que j’étais bien plus forte que je ne l’imaginais.

Nous sommes nombreux à savoir que la vie est magique et belle parce que sa fragilité la rend plus intense. Alors vivons intensément et ensemble J

Les liens :
https://fr.ulule.com/fabyperier/
www.fabyofficiel.com

 

Merci Mélanie, pour cette jolie interview et bravo à toi d’avoir choisi la plume pour témoigner sur ton parcours avec sincérité et sans non-dits, sur ton histoire dans laquelle je me retrouve aussi. Plein de belles choses pour la suite J.

Faby Perier

Merci à Faby pour cette superbe interview ! Je te souhaite une très longue carrière !

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