Interview : Comment Corinne combat un cancer métastatique grâce à l’amour et à l’humour !

 Bonjour Corinne. Je suis ravie de t’interviewer aujourd’hui pour mon blog Les Cahiers de Carcinome. Merci à toi de te prêter au jeu des questions-réponses pour nos lectrices et lecteurs !

 

  1. Bonjour Corinne. Il y a environ trois ans, on t’a diagnostiqué un cancer du sein avancé avec métastases au foie. Comment as-tu vécu l’annonce du diagnostic ?

L’annonce de ce cancer a été un véritable tsunami. J’ai complétement perdu pied, je m’en souviens comme si c’était hier.

Tout s’est passé en plusieurs temps, d’abord la modification que j’observais sur mon sein droit. L’inquiétude, le rdv avec mon médecin traitant, puis l’échographie, la mammographie, ensuite la biopsie….l’attente interminable….au fond de moi j’avais compris, je savais mais j’espérais entendre que j’avais un kyste bénin….et puis l’annonce….le choc,  l’effroi, je me suis vue mourir ! C’était horrible ! Ensuite le bilan d’extension a été le coup de massue final ! Deux métastases au foie ! 36 ans, un cancer du sein d’emblée métastatique. J’ai perdu pratiquement 10 kg en 15 jours, je ne mangeais plus tant j’étais anéantie. Je passais mes journées à pleurer….

  1. Peux-tu nous expliquer un peu comment ça s’est passé côté traitements?

Une fois le diagnostic posé, j’ai fait la connaissance de mon oncologue qui m’a expliqué mon protocole de soins. Étant métastasée d’emblée pas d’opération sur le sein. On fait les traitements et on voit après.

J’ai eu 9 mois de chimios hebdomadaires (taxol et Avas tin).

On m’avait annoncé que je perdrais sans doute mes cheveux mais finalement j’ai eu la chance de les garder. Je mettais à chaque chimio un casque de glace pour ne pas les perdre.

Les tumeurs au sein ont complètement disparues et sur le foie une diminution de 80% des métastases !

Je devais à l’issue de mes chimios me faire opérer du foie (hépatectomie) mais je suis rentrée en rémission. On ne pouvait pas opérer car trop petit et le cancer était totalement stabilisé.

On a tenté de faire des rayons ciblés au foie (le gamma knife) mais pareil pas possible car ce qui restait sur le foie mesurait 5 mm et n’était plus actif.

J’ai donc poursuivi mes traitements avec une hormonothérapie, le tamoxifene, pendant presque deux ans. C’est un cachet par jour.

J’ai aussi eu de la radiothérapie au sein, 36 séances.

  1. Tu as eu une récidive au foie un peu après. Comment ça s’est passé cette fois-là ?

Tous les trois mois, je passe des contrôles : scanner, IRM, prise de sang pour surveiller le cancer.

C’est l’un de ces contrôles qui a révélé que l’hormonothérapie ne faisait plus son travail, et donc progression sur le foie après presque 2 ans et rémission.

J’étais une nouvelle fois anéantie. Même si je savais qu’un jour ça arriverait, j’espérais que ce serait le plus tard possible. Bon deux ans de rémission, même un peu plus, c’est pas mal quand même dans mon cas !

L’oncologue n’a absolument pas paniqué, et c’était là, le bon moment pour l’hépatectomie. Justement au regard de cette rémission longue !

J’ai été orientée vers le professeur de chirurgie digestive qui devait m’opérer après les chimios (mais à l’époque je rentrais en rémission).

Il a analysé les clichés depuis le début de la maladie, il a demandé une relecture des clichés par d’autres de ses confrères. Ça a pris le temps, deux mois,  où je paniquais.

Entre temps, l’onco a mis les bouchées doubles pour stopper la progression du cancer : une piqure tous les trois mois pour bloquer mon cycle, le cancer étant hormono-dependant. Et un changement d’hormonothérapie, je suis passée à l’aromasine.

Je n’étais pas rassurée,  je me suis rendue un jour au cabinet de mon oncologue,  paniquée. Elle m’a fait faire une prise de sang pour contrôler les marqueurs du cancer et un bilan hépatique.

Tout était bon, malgré la présence de métastases. Ça m’a rassurée, l’oncologue m’a rassurée aussi.

La date pour l’hépatectomie est tombée, après relecture des clichés, analyse de mon cas a priori particulier dixit le professeur et concertation entre mon oncologue et lui.

Je me suis fait opérer début décembre, ablation du lobe droit du foie.

Je n’ai pas trop de souvenirs de cette journée,  j’étais « shootée » à la morphine,  j’avais beaucoup de douleurs.

Je suis restée 10 jours hospitalisée, sous haute surveillance car il y a des risques après une telle opération.

  1. Qu’est-ce qui, selon toi, a pu déclencher le cancer, ainsi que sa récidive ?

Je me suis longtemps posée la question…des zones de stress, l’alimentation, je crois que c’est multi factoriel.

  1. Aujourd’hui, tu sors tout juste d’une opération pour enlever les métastases au foie. Comment vis-tu la maladie ? Comment le vit ton entourage ?

Je me suis faite opérer il y a un mois, je suis actuellement en convalescence. Je reprends le travail dans deux semaines.

J’ai encore du mal à réaliser que les métastases ont été virées !

J’essaie de rester positive, j’ai parfois des coups de blues,  j’ai peur, mais je m’efforce de garder foi en la vie.

Mon conjoint a été génial, très présent. C’était très dur pour lui. Il s est arrangé avec son travail pour pouvoir être tous les jours à l’hôpital, il est tout le temps présent à mes rdv avec l’oncologue. Il me booste quand je tombe de trop, il me porte littéralement.

Ma mère aussi était présente tous les jours. C’est très dur pour elle en tant que maman, car pas dans l’ordre des choses. Mais elle était là.

Et puis, il y a ma belle famille, mes amies aussi, mes collègues. J’étais bien entourée. Je sais que c’est dur pour eux…

Et puis il y a mon fils….j’ai les larmes aux yeux rien que d’en parler…il a 11 ans… C’est terrible pour lui….on a hésité qu’il vienne à l’hôpital me voir mais il était très très demandeur. Je crois que ça lui a fait du bien.

Il était fier de la combativité de sa maman. La veille de l’opération, il m’a envoyé une vidéo où il me souhaitait bon courage. Il est adorable, j’étais émue.

C’est mon moteur. Je lui dis toujours de ne retenir qu’une seule chose de moi : la ténacité, la combativité, ce sont des armes pour avancer dans la vie.

  1. Est-ce que tu as mis des choses particulières en place côté médecines alternatives, spiritualité, activité, créativité, etc., pour t’aider à guérir en plus des traitements allopathiques ?

Oui, dès le début des soins,  j’ai vu un magnétiseur. Les séances me faisaient beaucoup de bien.

Toujours dans un souci d’harmoniser le corps et l’esprit, je faisais également de la sophrologie à mon centre de cancérologie.

J’ai aussi fait de l’acupuncture pendant les chimios.

Le temps de la radiothérapie, j’avais un coupeur de feu.

Et j’ai fait un travail thérapeutique d’un an et demi avec une psychologue géniale.

Tout cela m’a énormément aidée, tant sur le plan psychologique que pour la réduction des effets secondaires des traitements, qui étaient moindres par rapport aux autres patientes.

  1. Tu as créé une page Facebook intitulée : 36 ans cancer du sein métastatique d’emblée. L’écriture t’aide à affronter le cancer ? Quels sont les autres outils qui te permettent de faire face ?

Très rapidement après l’annonce du cancer,  j’ai commencé à écrire, mais je gardais mes écrits pour moi. Ça a cheminé dans ma tête, j’avais besoin d’extérioriser, de me libérer, de faire passer des messages. J’avais besoin qu’on comprenne comment ça se passe à l’intérieur quand on vit avec un cancer, pour éviter les maladresses…j’en ai subi des maladresses,  comme beaucoup de personnes vivant avec un cancer.

J’ai voulu mettre des mots sur tout ça, et puis, un jour, quand mon fils sera en âge de lire tout ça, je voudrai qu’il ait une trace du combat de sa maman, au-delà de ce que je lui transmettrai oralement.

J’ai aussi voulu montrer que l’on peut vivre normalement avec cette maladie. C’est possible dans certains cas comme le mien,  j’ai cette chance jusqu’ici.

Et puis, j’ai longtemps cherché des modèles de combat pour faire face à la maladie, alors je me dis que si mon histoire peut aider……comme mes modèles m’ont aidée….

Voilà, ma page m’aide énormément, j’évacue, je me sens entendue, j’y ai même tissé des liens avec des personnes vivant la même maladie.

Cette page est essentielle à mon bien-être aujourd’hui, et ça fait du bien de pouvoir partager un peu de son histoire.

Les écrits ont un pouvoir thérapeutique à ne pas négliger.

  1. Quand je lis ta page Facebook, tu sembles débordée d’énergie, d’optimisme et de vie. Un tel mental me semble primordial pour guérir et savourer la vie malgré l’adversité. Est-ce la maladie qui t’a rendu plus forte ou étais-tu déjà ainsi avant ?

Paradoxalement, la maladie m’a rendu plus forte qu’avant.

J’ai toujours regardé la vie avec le verre à moitié plein, mais ça s’est renforcé ces trois dernières années.

Je suis convaincue que le mental joue un rôle sur notre corps. Lorsque j’étais étudiante, j’ai fait un mémoire sur les liens entre le corps et l’esprit dans le cadre des maladies chroniques tel que le cancer ou le sida. Ironie de la vie….je valide aujourd’hui mes hypothèses d’étudiante !

J’ai largement pu me rendre compte du pouvoir du mental sur le corps lorsque j’étais hospitalisée pour mon hépatectomie.

C’est pour cela que je m’efforce de cultiver cette énergie positive, qui est porte et me permet de savourer intensément chaque instant de vie.

Et puis, ne dit on pas que le positif attire le positif ? C’est ma philosophie de vie.

  1. Pourrais-tu nous dire ce que le cancer a changé dans ta vie ? Quel est ton état d’esprit aujourd’hui ?

Tout ! Ce cancer a tout changé !

Spontanément,  dans un premier temps je dirais qu’il me pourrit la vie, et avec du recul, je dirais aussi qu’il me permet de comprendre la valeur de la vie. La valeur des instants passés avec nos proches, la chance que nous avons de pouvoir vivre des moments de vie tout simplement.

J’ai appris à ne plus me laisser intoxiquer par des personnes ou des situations, j’ai appris à mettre de la distance avec ce qui m’est toxique.

Et dans mon parcours, j’ai rencontré des personnes formidables, et tissé des relations amicales très fortes.

Ce cancer m’aura appris à vivre pour de vrai ! En ôtant mon insouciance, le cancer m’aura appris à apprécier la vie à sa juste valeur !

  1. Qu’aimerais-tu dire aux femmes et aux hommes qui apprennent qu’ils sont atteints du cancer ?

Peut être de garder foi en la vie, et d’aller chercher / mobiliser les ressources qui leur permettront de faire face au diagnostic, et de se débarrasser du toxique.

Et surtout, que la peur de la mort ne les empêche pas de vivre leur vie, car si l’on se soigne, c’est bien pour cela, vivre ?

C’est en tout cas ce que j’essaie de m’appliquer, même si c’est dur, même si j’ai peur, même si je pleure. Derrière, je relève la tête et je me bats, du plus fort que je peux car je veux encore et encore continuer à aimer mes proches, et …je veux par-dessus tout voir mon fils grandir, devenir un homme, devenir grand-mère.

Merci à une femme exceptionnelle qui mène un combat exceptionnel contre la cancer depuis plusieurs années. Je lui souhaite tout le bonheur du monde !

Sa page Facebook : 36 ans, cancer du sein métastasé, métastasé d’emblée

 

 

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