Interview Charlotte Fouilleron : ‘On ne meurt pas comme ça’ !!!

 Mes kikis, mes cocos, aujourd’hui j’ai le grand plaisir d’interviewer Charlotte, journaliste et auteure du livre ON NE MEURT PAS COMME CA ! C’est parti !!!

 

1/ Bonjour Charlotte. Merci de te prêter au jeu des questions-réponses ! Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Bonjour et merci de m’interviewer ! Je m’appelle donc Charlotte, j’ai aujourd’hui 45 ans, je suis journaliste et j’habite à Paris.

2/ Tu as eu un cancer du côlon à l’âge de 37 ans, défiant, comme tu le dis si bien, toutes les statistiques. Comment as-tu vécu l’annonce de cette maladie ?

L’annonce de ma maladie a été un tremblement de terre. J’étais en bonne santé, n’avais jamais été malade et n’imaginais absolument pas l’être un jour, encore moins d’un cancer. Heureusement, passé l’immense choc, j’ai pu très vite me mobiliser grâce aux encouragements du médecin qui m’a annoncé le diagnostic. « Vous allez vous en sortir sans séquelles », m’a-t-il dit. J’ai attrapé ces mots au vol dès qu’il les a prononcés et en ai fait ma devise. Le soutien de ma famille et de mes amis a également été primordial, en premier lieu celui de ma mère qui m’a accompagnée à tous mes rendez-vous médicaux. Je lui dois le titre de mon livre, « On ne meurt pas comme ça ». C’est une phrase qu’elle m’a dite le soir où j’ai appris ma maladie et où j’avais si peur de mourir. Cette phrase est sortie de sa bouche comme un cri du cœur, elle en était persuadée et elle m’a aidée à y croire.

3/ Comment as-tu vécu les traitements ? Dans quel état d’esprit étais-tu au fur et à mesure que tu te familiarisais avec ce cancer ?

J’ai plutôt bien vécu les traitements car j’ai eu la chance de ne pas porter les stigmates de la maladie. Je n’ai pas perdu mes cheveux notamment, ce que je redoutais beaucoup, ni changé d’apparence physique. Les gens n’ont jamais vu que j’étais malade – même s’ils le savaient car je ne le cachais pas – et ne pas voir la peur dans leurs yeux a été fondamental pour moi.

J’ai eu beaucoup de mal à côtoyer les autres malades dans les salles d’attente – je n’en suis pas particulièrement fière mais c’est ainsi… – et ce malaise est allé croissant au fur et à mesure de mes traitements. J’étais toujours la plus jeune et cet écart d’âge me renvoyait à l’incongruité de ma situation, je me demandais vraiment ce que je faisais là.

Je ne dirais pas que je me suis familiarisée avec mon cancer. Je l’ai accepté et combattu mais il n’a jamais fait partie intégrante de moi. Dans ma tête, je ne suis jamais devenue une malade et je pense que cette posture m’a beaucoup aidée à traverser l’épreuve.

4/ Qu’est-ce qui a concrètement changé dans ta vie ? Au quotidien, mentalement et physiquement ?

Mon quotidien a évidemment changé. A cause de la fatigue croissante des traitements, j’ai arrêté de travailler. Prendre cette décision a été un soulagement car j’avais l’impression qu’en continuant à travailler, je me laissais distraire alors que j’avais besoin de toutes mes forces et de mon énergie pour combattre la maladie. A partir de ce moment-là, j’ai vraiment eu loisir de me ressourcer entre les traitements, de me faire du bien, de voir mes amis, ma famille…et ce petit cocon a été essentiel. Je n’ai pas abdiqué ma féminité pendant la maladie – le vernis à ongles est un fil rouge de mon livre ! – ni une certaine futilité que j’ai même revendiquée. Quand on a un cancer, on peut continuer à faire du shopping, à discuter des derniers potins avec ses copines, et je ne m’en suis pas privée…

Mentalement, je pense être quelqu’un de fort et déterminé par nature et ces traits de caractère m’ont aidée. Le cancer met aussi votre courage à l’épreuve car il en faut pour affronter tout ce parcours. Mais le courage n’empêche pas d’avoir peur, je dirais même que c’est la peur qui rend courageux car c’est elle qui nous fait nous mobiliser. Je souligne ce point car il me semble très important.

5/Tu as écrit un livre intitulé « On ne meurt pas comme ça », paru chez Max Milo en 2015. Comment en es-tu venu à écrire ce livre et pourquoi ?

Je suis journaliste et l’expression écrite est donc très naturelle pour moi. Quand je suis tombée malade, j’ai commencé à tenir un journal de bord pour graver des impressions, des souvenirs, des anecdotes. J’ai d’emblée adopté un ton décalé, souvent humoristique, voire caustique, qui me ressemble. Au bout d’un moment, je me suis dit que je tenais un matériau pour un livre et le travail d’écriture proprement dit a commencé… Et j’ai eu la chance d’être publiée au bout du compte !

J’ai vraiment voulu écrire différemment sur le cancer. Mon récit n’est pas larmoyant ni médical à proprement parler. C’est le parcours de vie d’une trentenaire parisienne célibataire qui fait face au cancer et qui l’affronte sans renoncer aux plaisirs de l’existence ni à son grand projet : rencontrer l’Amour !!! Pour résumer à gros traits, je dirais que j’ai voulu écrire le Sex&TheCity du cancer…

6/ Comment ce livre a-t-il été accueilli par le public ? T’as-t-il permis de faire des rencontres dans le cadre du cancer ?

J’ai eu la chance que mon livre soit bien accueilli par le public. Il est sorti en poche à l’automne, ce qui lui assure une durée de vie plus longue. J’ai eu de nombreux retour de lecture, notamment via la page Facebook que j’ai dédiée au livre. Ce qui est le plus gratifiant pour moi, c’est le plaisir que les gens me disent prendre à la lecture de mon récit, ils le lisent généralement d’une traite comme on le ferait d’un roman captivant… Et ils sont sensibles à son ton décalé et à l’optimisme qui s’en dégage. Je ne pouvais rêver mieux.

7/ Selon toi, qu’est-ce qui a pu provoquer ce cancer qui touche en majorité les personnes au-dessus de 65 ans ?

Je n’ai pas de réponse là-dessus. Il n’y a pas de prédisposition génétique dans ma famille. Je n’ai pas vraiment creusé le sujet.

8/ Une maladie comme le cancer est souvent vécue comme une terrible épreuve. Mais est-ce qu’il t’a également apporté du bon ? Si oui, quoi ?

C’est incontestable, le cancer est une épreuve dont on se passerait bien. Il fait disparaître l’insouciance, nous fait devenir mortels. Avant je ne pensais jamais à ma santé, à présent les contrôles réguliers que je passe m’obligent à m’en préoccuper. Et à chaque fois j’ai peur d’être rattrapée par la maladie… Cela dit, la maladie a aussi été bénéfique. Elle est un intensificateur de relations formidables, le soutien de mes proches m’a littéralement portée. Elle m’a débarrassée de travers qui m’encombraient, allégée de peurs qui me freinaient – quand on affronte la peur de mourir, les autres ne font plus le poids ! – et, au bout du compte, révélé à moi-même. Après être sortie de la maladie, j’ai rencontré l’homme de ma vie et je ne pense pas que ce soit un hasard. Je n’avais plus peur de l’amour, j’étais disponible. Mon récit raconte aussi cette conversion à l’amour et ce coup de foudre miraculeux (je tease, je tease…).

9/ Un petit mot pour les personnes qui découvrent qu’elles ont un cancer ? Qu’aimerais-tu leur dire ?

A ces personnes-là, je voudrais dire que j’ai été à leur place et qu’on peut traverser cette épreuve et s’en sortir. C’est difficile, la peur est omniprésente, mais on peut guérir du cancer. Il faut y croire, être bien entourée, continuer à avoir des projets, à rire, à danser, à faire du shopping… Ne pas renoncer aux plaisirs de l’existence. Mais on n’est pas obligé non plus d’être un petit soldat combatif en permanence. On peut s’arrêter de bosser, pleurer, en avoir marre, s’isoler quand on en éprouve le besoin. Avec le cancer, on fait comme on veut et comme on peut. Chacun décide.

Pour aller plus loin : On ne meurt pas comme ça ! de Charlotte Fouilleron

 

Merci à Charlotte !

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